Au cours d’une interview accordée à ID, Carine Saüt, qui dirige le développement durable dans le secteur industriel chez Capgemini France, a discuté de la mise en place d’une plateforme qui rend plus facile et plus rapide pour les scientifiques et les responsables l’accès aux informations satellitaires.
Dirigée par l’Agence spatiale européenne et mise sur pied par Capgemini et GMV, la plateforme “World Emission” a pour mission de dresser une cartographie des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et de polluants atmosphériques. Carine Saüt, responsable du développement durable pour les industries de Capgemini France, explique les buts de cet outil et la nécessité d’harmoniser les données spatiales.

Qu’est-ce que la plateforme d’inventaire d’émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques “World Emission”, dont le démonstrateur vient d’être lancé ?

En effet, nous sommes ravis d’avoir franchi avec succès cette étape importante dans la réalisation du projet. “World Emission” est un projet soutenu par l’Agence Spatiale Européenne et Capgemini fait partie d’une équipe européenne dirigée par notre partenaire GMV. Cette équipe comprend des scientifiques de centres de recherche de renommée internationale et des acteurs privés comme la startup Kayrros. Nous avons récemment lancé le premier service opérationnel d’inventaire des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Ce service fournit des informations fiables sur les polluants et leurs sources, leur localisation et leur composition à l’échelle régionale et mondiale. Nous sommes actuellement en mesure d’estimer les émissions de méthane, de dioxyde de carbone, de dioxyde d’azote, de monoxyde de carbone, de méthanol, d’ammoniac, de dioxyde de soufre, entre autres, dans le service “World Emission”.

La plateforme a pour objectif de faciliter l’accès aux données pour les scientifiques et les décideurs politiques. Est-ce qu’il leur manquait des données jusqu’à présent ?

La disponibilité des données n’est pas un obstacle, bien au contraire : nous sommes submergés par un flot d’informations venant de l’espace. L’objectif est d’aller plus loin dans la précision des informations fournies à l’utilisateur final du service, qui est ici une entité publique (par exemple, un décideur politique) qui a besoin d’informations régulièrement mises à jour pour suivre et ajuster les politiques environnementales.
L’enjeu est de fournir une information fiable et facilement exploitable pour prendre des décisions plus efficaces et plus rapides face à l’urgence climatique.

Un des défis est d’uniformiser l’accès aux données à l’échelle mondiale. Qu’est-ce qui pose problème aujourd’hui ? Ne risque-t-on pas d’introduire des erreurs communes à tous les pays si une seule méthode s’impose ?

Capgemini est convaincu que l’approche systémique est la meilleure pour développer ce type de solution innovante. C’est pourquoi nous travaillons systématiquement avec les acteurs clés de la chaîne de valeur de tous les secteurs d’activité, notamment avec la communauté scientifique. Nous voulons ainsi dépasser l’état de l’art et garantir la qualité de l’information fournie à l’utilisateur final. L’enjeu est de fournir une information fiable et facilement exploitable pour prendre des décisions plus efficaces et plus rapides face à l’urgence climatique.

Pourquoi utiliser des données spatiales pour suivre le changement climatique ?

L’innovation en matière de techniques avancées permet la mesure in situ de la plupart des espèces chimiques, que ce soit par des capteurs ou des lidars au sol, des vols de ballons stratosphériques, des mesures à partir de drones… L’un des avantages de mesurer l’information depuis l’espace est qu’elle nous renseigne en continu sur l’état de la composition chimique de l’atmosphère et son évolution dans le temps, et ce à plusieurs niveaux d’altitude – de la surface jusqu’en haut de la troposphère et même au-delà. Et cela avec une mise à jour tous les 5 à 10 jours sur toute la planète. Nous avons donc un ensemble de données incroyable à explorer !

Est-ce que “World Emission” pourrait aussi devenir un outil de sensibilisation pour le grand public ?

C’est une perspective que nous envisageons. C’est d’ailleurs ce que nous mettons en œuvre avec le CNRS et l’Université de Reims pour améliorer la résolution spatiale et temporelle grâce aux données issues de satellites. Dans le cadre de ce projet prometteur, soutenu par l’Observatoire Spatial du Climat, le CNES et l’ADEME, nous œuvrons également à sensibiliser le grand public à ces problématiques sociétales.
Source : Info Durable