Dans la localité de Fontenay-sous-Bois, proche de Paris, onze foyers vivent ensemble dans un habitat partagé composé de trois petits bâtiments entourés d’espaces verts. Ce mode de vie, centré sur la solidarité et le respect de l’environnement, suscite un intérêt croissant bien qu’il reste peu connu du grand public.Chaque famille a son propre espace privé, mais elles partagent toutes un esprit de solidarité et de coopération. Ce type d’habitat participatif met l’accent sur le vivre-ensemble et sur la préservation de la planète, des valeurs qui attirent de plus en plus de personnes malgré le caractère discret de ce mode de vie alternatif.Le concept d’habitat partagé est en effet en plein essor, notamment en raison de la prise de conscience croissante de l’importance de l’écologie et du bien-être social. Ces espaces de vie collectifs offrent la possibilité de partager les ressources, de réduire la consommation d’énergie et de favoriser les échanges entre les habitants, tout en préservant l’intimité et l’indépendance de chacun.Ainsi, à Fontenay-sous-Bois, ces onze familles ont fait le choix de vivre dans des immeubles à taille humaine, entourés de verdure, et de mettre en commun leurs compétences et leurs envies pour construire ensemble un cadre de vie respectueux de l’environnement et des liens sociaux. Malgré sa confidentialité, ce mode de vie alternatif semble avoir de beaux jours devant lui et pourrait inspirer de nombreuses autres initiatives similaires dans les années à venir.

Un collectif d’habitants sorti de terre

Construit à la fin de l’année 2020, soit quatre ans après la création de son groupe d’habitants, “l’îlot Michelet participatif” ressemble à première vue à une copropriété ordinaire.

Devant l’un des bâtiments revêtus de bois, des enfants s’amusent sous le soleil d’été. Des pelouses, des jardinières de 2,50 m pour chaque famille, une vigne vierge… L’endroit a un air bucolique, à seulement quelques kilomètres de Paris.

“La particularité, c’est que nous partageons trois espaces collectifs : une salle commune avec cuisine et jeux pour enfants, une buanderie et une chambre d’amis avec salle de bains que l’on peut réserver pour la famille ou les amis”, explique Emilie Durochat, l’une des copropriétaires, employée dans l’économie sociale et solidaire.

Cette mère de deux petites filles raconte s’être intéressée à l’habitat participatif après avoir vu le film Demain de Cyril Dion.

“Mon mari et moi avons grandi à la campagne, où le lien social est plus fort qu’en ville, et l’idée de vivre une certaine proximité avec nos voisins, difficile à retrouver en milieu urbain, nous a rapidement séduits”, confie la quadragénaire.

Un état d’esprit d’entraide qui se manifeste au quotidien par des petits services entre voisins : garde ou récupération d’enfants à l’école, prêt d’outils ou de véhicules, échanges de livres…

Si la plupart des projets d’habitat participatif sont réalisés en autopromotion avec des habitants qui se regroupent pour acheter un terrain et y construire le logement qu’ils souhaitent, ce n’est pas le cas ici, le projet ayant été porté par la mairie.

“On a acheté sur plan, mais on a pu modifier l’appartement avec l’architecte”, admet Emilie Durochat. L’essentiel du travail a donc consisté à aménager les espaces communs et à élaborer une “charte de valeurs” axée notamment sur le respect de l’environnement.

“Pas un kibboutz”

Étudiants, familles, retraités… Presque toutes les générations sont représentées. Pour prévenir les conflits et éviter des votes générateurs de frustration, les décisions sont prises par consensus.

“On a eu beaucoup de réunions pour apprendre à se connaître, mais aujourd’hui je suis ravi”, témoigne Thierry Lerévérend. “On a exprimé toutes nos craintes. J’avais peur de devoir tout faire en collectif, mais on n’est pas dans un kibboutz ! Les autres restent nos voisins, ce ne sont ni des amis ni de la famille”, ajoute le quinquagénaire, qui travaille dans le développement durable.

Le prix, inférieur à 5 000 euros le m², a également beaucoup compté. “On habitait un 50m2 à quatre dans Paris et c’était trop cher pour s’agrandir”, admet Gaëlle Arnan, aujourd’hui propriétaire d’un 80 m².

Moins avancée que l’Allemagne, la Suisse ou la Norvège, la France compte près de 10 000 logements en habitat participatif.

“Il y a un véritable engouement, avec beaucoup de demandes de familles monoparentales et de seniors”, constate Jean-Baptiste Dupont, gérant de la coopérative CAHP-IDF, chargée de promouvoir l’habitat participatif en Île-de-France.

La raison, selon lui, est la volonté des habitants de “vivre en société différemment” et d’être “acteurs de leur logement”.

“Les élus, qui sont en échec pour faire la ville, sont de plus en plus intéressés”, observe M. Dupont, selon qui l’habitat participatif peut “contribuer au vivre ensemble dans les quartiers et répondre aux enjeux de mixité sociale”.

Interrogé, le maire PCF de Fontenay-sous-Bois, Jean-Philippe Gautrais, estime que “nous vivons aujourd’hui une telle crise du logement que nous sommes obligés d’innover pour garder la ville accessible”.

“L’habitat participatif est un outil intéressant intellectuellement, mais ça reste une niche et non une réponse structurante”, nuance-t-il.

“Cela nécessite du temps et de l’engagement, contrairement au modèle dominant de nos sociétés”, admet Nicole Roux, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Bretagne occidentale.

Mais l’habitat participatif se caractérise aussi par la “conscience écologique de ses habitants”, souligne-t-elle. “Ce n’est pas chacun son jardin ou sa grande salle de bains, mais un jardin et une buanderie partagés, autant de vertus qui paraissent intéressantes pour l’avenir”, remarque-t-elle.

Source : Info Durable