Outre les effets sur la santé humaine, les lotions solaires présentent également un danger pour les systèmes marins. D’après l’organisation non gouvernementale Surfrider Foundation, chaque année, 25 000 tonnes de crème solaire se déversent dans les océans, les mers et les lacs, perturbant ainsi la vie marine sous l’eau.Peu importe le type d’eau ou la région du monde, les filtres UV, chimiques ou minéraux, présents dans les crèmes solaires peuvent mettre en danger la biodiversité marine. L’organisation non gouvernementale Surfrider Foundation Europe affirme sans détour qu’aucune crème solaire, même si elle est biologique ou porte un label, ne peut réellement protéger les océans.

Les coraux sont les plus vulnérables

D’après une recherche publiée en 2008, les crèmes solaires peuvent causer le blanchiment des récifs coralliens, même à faible concentration. Les ingrédients qui accélèrent la détérioration des coraux sont nombreux : les parabènes, les cinnamates, les benzophénones et les dérivés du camphre, présents dans les filtres UV, sont les principaux coupables.Le blanchiment des coraux est l’une des conséquences les plus visibles des filtres UV contenus dans les crèmes solaires. D’après les études menées par Surfrider Europe en collaboration avec des experts scientifiques, il est estimé que 10% des coraux dans le monde sont menacés par l’utilisation de crèmes solaires. Bien qu’ils ne couvrent qu’un pourcentage inférieur à 1% des océans, ils constituent l’habitat de plus de 4 000 espèces.Les îles Palaos sont à la pointe de l’interdiction des crèmes solaires. Depuis 2020, cet archipel du Pacifique de 465 km2 interdit l’importation et la vente de crèmes solaires pour sauvegarder ses coraux, alors que le tourisme y est de plus en plus intense. À Hawaï, depuis 2021, la vente de crèmes solaires contenant de l’oxybenzone et de l’octinoxate, qui représentent 70 % du marché, est interdite, selon Courrier International. Ces substances, reconnues comme perturbateurs endocriniens, ont un effet mortel sur l’ADN des coraux.

L’accumulation de polluants perturbe les écosystèmes

L’étude de 2008 indique également une bioaccumulation de produits toxiques par les espèces aquatiques, c’est-à-dire que les polluants s’accumulent dans les tissus d’un organisme vivant par absorption dans son environnement ou via la chaîne alimentaire.En Méditerranée, la posidonie, une plante marine, est particulièrement affectée par les substances nocives des crèmes solaires. Elle sert d’habitat et de pépinière à de nombreuses espèces, et constitue également une source de nourriture pour des herbivores tels que l’oursin ou la saupe. Lucile Arbeille, responsable de la campagne sur la qualité de l’eau et la santé pour Surfrider Europe Fundation, tire la sonnette d’alarme : “Lorsque les filtres UV touchent une espèce fondamentale d’un écosystème, c’est toute la biodiversité environnante qui est perturbée.”Lucile Arbeille souligne que la recherche scientifique en la matière est encore limitée et que nous manquons donc de recul. “Il est difficile de distinguer l’impact d’un polluant par rapport aux autres”. Comme l’homme est au sommet de la chaîne alimentaire, on peut supposer que nous ingérons ces mêmes polluants. Surfrider recommande donc aux décideurs et aux fabricants d’appliquer le principe de précaution et de poursuivre la recherche sur ce sujet.
En Méditerranée, les crèmes solaires nuisent à la posidonie, une espèce essentielle à de nombreux écosystèmes, perturbant ainsi les comportements des espèces qui y vivent.

“Aucune crème solaire n’est sans impact environnemental”

En plus des cas de la posidonie et des coraux, les polluants contenus dans les crèmes solaires ont des effets directs et indirects sur la faune et la flore marines. Ils influencent la reproduction de certaines espèces, entraînent leur mortalité ou modifient leur physiologie et leur métabolisme. Lorsqu’ils sont ingérés par les poissons, certains peuvent devenir lymphatiques et nager plus lentement.Les filtres UV, qu’ils soient chimiques ou minéraux (dans le cas des crèmes solaires bio), ont forcément des effets sur la biodiversité marine et la qualité de l’eau. “Ce qui est très clair, c’est qu’il n’y a aucune crème solaire qui n’a pas d’impact sur l’environnement”, affirme Lucile Arbeille. Il existe cependant des labels environnementaux reconnus à privilégier, comme l’Écolabel Européen, Ecocert Cosmos, Cosmébio Cosmos.Même si certaines normes sont imposées au niveau européen (résistance à l’eau, SPF), Surfrider souhaite “s’assurer que les substances polluantes soient soumises à une législation stricte et éviter les allégations trompeuses de la part des fabricants”. En effet, en plus des conséquences environnementales, les filtres UV ont également un impact sur la santé humaine.source : Info Durable