Comment se présentera la France en 2030 si la nation souhaite atteindre son but de diminuer de moitié ses émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990? Des données chiffrées récentes ont été dévoilées par le Secrétariat Général pour la Planification Écologique (SGPE).

Emmanuel Macron a déclaré vendredi que l’écologie figure parmi ses quatre priorités pour la rentrée, ajoutant que sa stratégie globale serait dévoilée à la “fin de l’été”. Cette feuille de route devait initialement être présentée début juillet, mais a été repoussée en raison des manifestations.

L’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la France de 403,8 millions de tonnes de CO2 équivalent (Mt CO2e) en 2022 à 270 millions en 2030. Le nouveau “tableau de bord” publié par le SGPE répartit ces économies de manière plus précise qu’auparavant.

Énergies et industries

Le gouvernement estime que c’est ici que se trouve le plus grand potentiel de réduction. La part totale des énergies renouvelables dans la production électrique globale devra passer de 26 % à 34 % d’ici 2030. L’énergie solaire devra être multipliée par trois, l’éolien offshore par près de quatre, tandis que l’éolien terrestre devra augmenter de plus de 55 %.

La production de biogaz devra passer de 8 térawattheures en 2020 à 50 en 2030. Les usines d’acier, de ciment ou d’autres industries devront fortement réduire leurs émissions, en particulier grâce au captage de CO2, une technologie encore naissante, mais pas uniquement.

Les 50 sites les plus émetteurs en dehors du raffinage devront ainsi passer de 43 Mt CO2e émis en 2022 à 25, et le reste de l’industrie de 33 à 20. Les objectifs de réduction des émissions des activités de raffinage, particulièrement polluantes, ne sont pas précisés.

Le secteur tertiaire devra également réduire sa consommation de fioul (plus de 80 % de baisse demandée) et de gaz (environ -40 %) via ses chaudières, alors que le gouvernement français réfléchit à l’opportunité d’interdire l’installation de nouvelles chaudières à gaz neuves.

Transports

Le gouvernement prévoit que 66 % des voitures neuves vendues en 2030 seront électriques, contre 15 % aujourd’hui (en 2035, selon une loi européenne, ce sera 100 %). Le gouvernement mise sur une explosion du covoiturage, source importante d’économies : alors que le nombre de trajets covoiturés par jour est de 21 000 en 2023, il devra passer à 196 000 en 2030.

Le nombre de pistes cyclables devra atteindre 150 000 kilomètres en 2030 contre 61 000 à fin 2023, tandis que les parts des voyages effectués en train et en transports en commun urbains devront également augmenter, de 20 milliards de km-voyageurs pour le premier et de 15 milliards pour le second.

Le gouvernement admet que le trafic aérien ne pourra guère être maîtrisé : en métropole, il passera de 237 milliards de passagers kilomètres transportés en 2019 à 265 en 2030 (une hausse un peu moindre qu’entre 2015 et 2019).

Bâtiments

Les émissions annuelles domestiques du secteur du bâtiment devront être réduites de plus de moitié, en utilisant deux grands leviers. D’une part, le gouvernement espère voir décupler le nombre de rénovations globales de logements grâce à MaPrimeRenov, jusqu’à 900 000 par an en 2030.

D’autre part, la part des résidences principales chauffées au fioul devra être divisée par trois entre 2020 et 2030, pour atteindre 3,6 %. Quant à l’avenir des chaudières à gaz dans le résidentiel, le gouvernement ne fait pas de prévision publique.

Agriculture

Le secrétariat prévoit que 21 % des surfaces agricoles seront en bio en 2030 contre 11 % en 2022, ce qui réduira les volumes d’engrais azotés (dont l’ingrédient principal est le gaz fossile). Parmi les autres leviers : moins de tracteurs diesel et le doublement des cultures de légumineuses.

En ce qui concerne l’élevage, les émissions de méthane (les rots de vache) devront être ramenées à 32,5 millions de tonnes par an contre 36,9 en 2022. Mais aucun objectif de réduction de la consommation de viande n’est donné…

Et la suite ?

Ces premiers indicateurs “seront complétés, dans le courant de l’année, par des indicateurs plus complets, y compris pour couvrir les autres enjeux de la planification écologique (biodiversité, adaptation, ressources naturelles, etc.)”, précise le SGPE.

Source : Info Durable