Ancien joueur de rugby professionnel, Julien Pierre a fondé le label écologique Fair Play For Planet, destiné aux clubs, aux lieux et aux manifestations sportives. Discussion.

L’ancien rugbyman français Julien Pierre a choisi de consacrer sa deuxième carrière professionnelle à la défense de l’environnement. Ayant fondé le label Fair Play For Planet il y a quelques années, il souhaite concilier transition écologique et sport. Dans cet entretien, il évoque son engagement pour la protection de l’environnement, les raisons qui l’ont poussé à créer ce label et comment le monde du sport aborde ces enjeux.

Le parcours de Julien Pierre vers la protection de la planète

Ayant grandi dans un parc animalier créé par son grand-père en Anjou, Julien Pierre a été sensibilisé très tôt à la préservation des espèces menacées et de leur écosystème. Cependant, le rugby est passé avant tout cela. Ce n’est que quelques années plus tard, lors d’un voyage à Sumatra, qu’il a été marqué par des paysages dévastés par des pipelines, des forêts brûlées, des mangroves détruites et des villages submergés de déchets plastiques. Suite à cette expérience, il a créé un fonds de dotation, “Play for nature”.

Le rôle du sport dans la sensibilisation à l’écologie

Julien Pierre admet qu’il parlait peu de ses activités en faveur de la nature lorsqu’il était rugbyman professionnel, car il ne se sentait pas légitime pour en parler et manquait de connaissances et d’expertise. Cependant, il a réalisé l’impact du sport et de la parole d’un sportif sur la société, ce qui en fait un véritable outil de sensibilisation. Il a donc décidé d’utiliser cela en reprenant ses études et en travaillant sur la création d’un label environnemental pour le secteur sportif.

La transition écologique dans le monde du sport

Selon Julien Pierre, le sport est très engagé sur les questions sociétales depuis longtemps, mais l’engagement en faveur de l’écologie est encore timide. Il estime que le monde du sport n’est ni plus en avance ni plus en retard que les autres secteurs dans la transition écologique. Il souligne l’importance du devoir d’exemplarité du monde du sport, tant professionnel qu’amateur, car les retombées positives peuvent être rapidement démultipliées. En club, on apprend de nombreuses valeurs, et si l’on apprenait également à trier ou à faire attention à ses consommations, cela se répercuterait très vite à la maison et dans la vie quotidienne.

Le risque de greenwashing et la prise en compte du réchauffement climatique

Julien Pierre reconnaît qu’il y a un risque de greenwashing dans certaines initiatives du secteur sportif, mais il estime que cela signifie surtout que l’on va être challengé et que l’on sera obligé d’aller de plus en plus loin. Il pense que le greenwashing n’est pas forcément mauvais, tant qu’on entre dans une démarche de progrès. Il admet que les conséquences du réchauffement climatique sont déjà visibles, mais il pense que personne ne l’a encore vraiment pris en compte dans le secteur sportif et que nous sommes encore tous dans une forme de déni.

Des exemples de bonnes pratiques à intégrer dans le sport

Julien Pierre cite quelques exemples de bonnes pratiques à intégrer dans le monde du sport, comme la priorisation de la mobilité douce ou partagée pour les supporters et les sportifs, la réduction du temps d’avion pour les trajets de moins de 4 heures, et le rôle de sensibilisation au sein de toutes les écoles de sport. Il insiste sur le fait que chaque club, territoire et structure sportive doit s’emparer de ces sujets, identifier les besoins et se structurer en fonction de ses singularités, car les enjeux liés à la transition écologique sont différents entre une patinoire et un hippodrome, par exemple.

L’engagement personnel de Julien Pierre pour les générations futures

Julien Pierre ne sait pas s’il laissera une trace de son passage, mais il espère que sa fille saura qu’il s’est engagé pour la planète et pour les hommes. Il insiste sur le fait que nous ne cherchons pas seulement à sauver la planète, mais surtout à sauver les hommes, car nous sommes en danger et nous ne nous en rendons pas assez compte. Il se demande dans quel monde nos enfants grandiront, face à des scénarios tels que des températures de 50 degrés avec un taux d’humidité de 90%, qui ne sont pas vivables et pourraient entraîner des décès dus à la chaleur. Et ce scénario, c’est demain.

Source : Info Durable