Le 26 juillet, l’ensemble du territoire a été placé en état d’alerte renforcée, voire en situation de crise, le niveau le plus élevé. La problématique de l’eau suscite des préoccupations dans ce département où 30 “bassines” sont en projet, des réservoirs d’eau artificiels destinés à l’irrigation qui engendrent de fortes tensions dans les Deux-Sèvres voisines.
“Tout le monde est concerné” par les restrictions, a averti le préfet Jean-Marie Girier face aux médias. “Nous devons tenir jusqu’à l’automne, jusqu’à ce que des pluies importantes permettent de rétablir la situation.”
Malgré un épisode pluvieux cette semaine, les nappes phréatiques affichent une situation “préoccupante”, d’après la préfecture.
“Dans l’ensemble, toutes les ressources sont en diminution. Sur certains secteurs, elles sont faibles, voire très faibles”, ajoute Murielle Thinon-Larminach, hydrogéologue du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) à Poitiers, conséquence d’une recharge insuffisante durant un hiver peu pluvieux.
“S’il fait très chaud, très sec et sans pluie, nous pourrions atteindre des niveaux jamais vus auparavant”, prévient-elle auprès de l’AFP.
“La monoculture de maïs, c’est niet”
Avec des nappes très sollicitées, de nombreux cours d’eau et puits asséchés, les prélèvements agricoles sont réduits de moitié dans les zones en alerte renforcée et interdits dans celles en crise, à l’exception des activités dérogatoires (fourrage, semences, abreuvement des animaux).
Les stocks de fourrage sont également “sous pression” : malgré un début d’année favorable au pâturage en extérieur, “nous sommes sur le fil du rasoir : il faut une bonne année prochaine, sinon nous assisterons à une décapitalisation du cheptel”, anticipe Emmanuel Sainson à la Chambre d’agriculture.
Concernant les céréales, les producteurs doivent changer leurs pratiques, dans un département où moins de 10 % des exploitations utilisent l’irrigation.
“Les restrictions deviennent de plus en plus intenses, c’est frustrant”, témoigne Christophe Chavigneau, producteur de céréales à Savigny-Lévescault, près de Poitiers. Passé du maïs, très consommateur d’eau, au millet et au tournesol, cet exploitant de 53 ans estime qu’il faut “toujours se remettre en question”.
Dominique Gaborieau, céréalier à Genouillé dans le sud du département, a pour sa part abandonné la charrue, misé sur la “diversité des cultures” et choisi l’irrigation “judicieuse”.
“Pour nous, la monoculture de maïs, c’est hors de question”, explique cet agriculteur de 45 ans, lauréat des Trophées de l’Agroécologie 2021-2022, qui diversifie ses cultures avec notamment le sorgho ou le soja.
D’autres optent pour les méteils, des mélanges de grains moins sensibles aux mauvaises herbes et aux maladies, pour sécuriser leur rendement et faire pousser des prairies sous les céréales.
“Cas extrêmes”
Le volume global de la culture de maïs irrigué dans la Vienne a diminué de 40 % sur chacune des deux dernières années, au profit notamment du tournesol, moins gourmand en eau, d’après la préfecture. Celle-ci salue les irrigants qui, dans certains secteurs, ont volontairement réduit leur arrosage de moitié pour préserver la ressource.
“Les agriculteurs connaissent les ressources en eau de l’environnement dans lequel ils prélèvent” et adaptent leurs cultures aux prévisions de sécheresse, souligne Chloé Schmitt, chargée de mission à la Chambre d’agriculture. “Ce n’est pas qu’ils excluent définitivement le maïs”, précise-t-elle : des années plus humides pourraient favoriser son retour.
Pour l’instant, les contraintes poussent “le monde agricole à évoluer”, affirme le préfet, qui porte le dossier des “bassines” dans la Vienne.
Ces réservoirs dits de “substitution” ont pour objectif, en théorie, de diminuer les prélèvements lorsque la ressource se fait rare ; en échange d’un accès à l’eau stockée, les agriculteurs s’engagent à modifier leurs pratiques.
Cependant, les opposants estiment que les efforts promis sont illusoires. La Cour des comptes exprime également des doutes : dans un rapport récent, elle s’étonnait que le raccordement aux “bassines” ne soit pas “conditionné a priori à des pratiques plus économes en eau”.
Pour la Confédération paysanne, c’est tout un “modèle” qui doit changer.
“Nous constatons encore des cas extrêmes, des personnes avec de grandes surfaces et de grandes quantités d’eau utilisées”, déplore Pierre-Jean Clerc, porte-parole départemental du syndicat. “Les bassines sont une fausse solution : elles s’inscrivent dans un système agro-industriel qui ne se remet pas en question”.
Source : Info Durable

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